Le 28 février 2007, par Liberté,
"C’est la cata" de Pierre Bénard, parle des fautes de français que l’on fait régulièrement aujourd’hui, c’est une sorte de plaidoirie pour le français maltraité … Et l’auteur sait de quoi il parle car Pierre Bénard est agrégé de lettres modernes, docteur en lettres et spécialiste des idées en France à la fin du XIXe siècle. Voici quelques billets d’humeur de Monsieur Bénard…
Parler néofrançais, c’est allonger la sauce. C’est délayer, diluer, dilater, tartiner. Je pense qu’on m’a compris (je ne dis que cela) … Pour délayer, diluer, dilater, tartiner, « quelqu’un qui » est d’un grand secours. On évite, grâce à « quelqu’un qui », la syntaxe indigente « sujet-verbe ». Une petite phrase comme « J’aime l’automne » devient ainsi « Je suis quelqu’un qui aime l’automne ». Quelle étoffe, quel drapé et quel doux assemblage de consonnes ! Les femmes savantes apprécieraient, elles qui vibraient à « quoi qu’on die ». Et Descartes, leur contemporain, transformerait son cogito en « Je suis quelqu’un qui pense, donc je suis quelqu’un qui est »
Dans le parler nouveau que cette fin de siècle a formé, j’admire la part qu’ont prise « sympa » et « convivial ». « Ah ! vous partez en B. ? Je vous envie car c’est super, tout plein de petits coins hypersympas où tout le monde il est convivial. » On parle depuis longtemps du « banquet de la vie ». Jamais la vie ne fut à ce point un banquet. Lunettes, frusques, mécaniques diverses, astuces techniques, paroles, situations, coiffures, plages, (…) ,caisses, cassettes, lampes sont conviviales. Un casse-noix ou un casse-noisettes est dit convivial. on l’aurait parfois qualifié de pratique. On parle, sans pléonasme, de banquets conviviaux, pour exprimer l’idée de chaleur, de cordialité. On dit « commode Louis XV ». Qu’est-ce-qu’une commode ? Une conviviale… « Sympathiqe » et « sympa » s’ajoutent à convivial. Quant au reste, on peut faire son deuil d’« agréable », « plaisant », « gracieux », « aimable », « avenant », « accueillant », « facile », « amène », « commode ». On n’entend plus jamais « gentil » : « C’est un gentil garçon », « une région très gentille ». C’est « convivial », « sympa » ou rien. Vous protestez non sans raison. Il y a « cool », que j’oubliais. C’est ainsi que l’on pourra dire : « J’ai passé de très cool vacances avec des gens supersympa sur un site hyperconvivial ».
Il n’est, me semble-t-il de « projets » que « d’avenir ». « Projets d’avenir » est donc un parfait pléonasme. Glorieux pléonasme, que l’on entend continuellement ! On dit rarement "projet", mais très souvent « projet d’avenir ». Cela fait beaucoup plus sérieux. Tout n’est pas mauvais dans « projet d’avenir ». Pour parler des lendemains, on y emploie le mot français « avenir ». Du coup, on s’excuserait presque du pléonasme. Tout sera perdu quand on aura des « projets de futur ».